Guide pour faire de l’histoire publique dans les espaces urbains
Fondé sur des exemples tirés des activités du Centre for Contemporary and Digital History (C²DH) dans la ville d’Esch-sur-Alzette (Luxembourg) entre 2020 et 2024, ce guide propose une méthode pour développer des projets publics sur l’histoire des villes, des quartiers, en collaboration avec les communautés locales. L’histoire publique est une façon de produire une histoire plus accessible au grand public, qui repose sur la participation des membres du public et qui inclue des débats publics sur le passé. La co-création de l’histoire entre les chercheurs, les institutions, les associations et les habitants favorise l’inclusion sociale et offre aux participants une nouvelle compréhension de leur ville, de leur quartier et de leur communauté. Conçu comme un WikiHow, ce guide propose plusieurs étapes pratiques.
Pour télécharger ce guide (en anglais), cliquez ici.
Dans un esprit de co-création
Thomas Cauvin et Joëlla van Donkersgoed ont rédigé ce guide dans le cadre d’une subvention FNR ATTRACT Grant. Le guide est ouvert aux suggestions grâce à un plug-in Hypothèse. Vous pouvez souligner et laisser vos commentaires et suggestions en utilisant les outils en haut à droite.
Étape 1 : Comment démarrer un projet d’histoire publique ?
Chaque initiative nécessite une institution, une association ou une personne référente pour lancer le processus. L’idée initiale peut venir d’un organisme culturel (par exemple les Archives d’Esch-sur-Alzette, fig. 1), d’un institut de recherche, d’un groupe, d’une association, d’une communauté, ou de toute personne intéressée.
La collaboration est essentielle. Il est recommandé que les projets reposent sur une collaboration entre plusieurs partenaires, groupes et individus. La collaboration permet des cadres de production historique plus inclusifs et plus diversifiés. Par exemple, pour les projets HistorEsch et FL’ESCH Back, les chercheurs du C²DH ont travaillé en collaboration avec la Nuit de la Culture (une organisation municipale), la KulturFabrik, et des dizaines de résidents locaux.
Étape 2 : Comment encadrer un projet ?
Trouver un thème historique qui résonne dans le présent. L’équipe organisatrice doit identifier et proposer un thème historique pour le projet. Le thème peut être l’histoire générale de la ville – comme HistorEsch l’a fait pour la ville d’Esch-sur-Alzette – d’un quartier – comme nous l’avons fait pour le quartier de Lallange à Esch-sur-Alzette, fig. 2 – d’une rue ou de tout autre espace identifié. Les sujets populaires peuvent également inclure des événements locaux, des personnages ou des traditions. Le grand public peut exprimer un intérêt particulier pour certains thèmes historiques du projet.
Élaborer un format accessible au grand public. Le format peut prendre de nombreuses formes, parfois une installation physique comme une murale (fig. 2) ou numérique comme une application (par exemple Minett Stories). Dans les deux cas, le contenu doit être clair et compréhensible pour le grand public. Les contenus visuels et sonores peuvent aider à developper l’interaction avec le public. Dans le projet Lovó (sur l’histoire d’Esch du point de vue des grands-mères portugaises), des témoignages historiques sont présentés et communiqués à travers des installations sonores et visuelles dans les rues de la ville.
Trouver un endroit accueillant pour votre public cible. L’accès du public au site du projet est essentiel. Nous suggérons de choisir des sites publics, ouverts et gratuits pour faciliter l’accès du public. Pour notre histoire d’Esch-sur-Alzette en 25 objets, nous avons installé l’exposition dans un pop-up store de la rue principale de la ville.
Étape 3 : Comment garantir la qualité historique du projet ?
L’équipe doit concevoir un cadre assurant la qualité du contenu historique du projet. Afin de cadrer le thème historique, l’équipe peut compiler des ressources (publications, ressources en ligne) et des exemples de projets similaires. Cela peut également conduire à la production d’un bref résumé du thème historique qui peut être partagé avec les participants.
Ce résumé sert à mieux comprendre le thème historique. Bien plus qu’une simple liste de dates, l’équipe devrait chercher à expliquer à un large public en quoi le sujet consiste, en quoi son histoire est intéressante, ses répercussions et ses liens avec le présent. Le résumé peut également brièvement indiquer les thèmes, les principaux évènements, les lieux ou les personnages associés au thème du projet. Cela fournit le contexte historique permettant de situer les contributions du public. Par exemple, un CHiC (fig. 3) – Comité de Citoyens Historiens – fut formé pour HistorEsch. Composé d’habitants et de chercheurs, le CHiC a contribué à contextualiser l’histoire du quartier de Lallange et à identifier les grands changements que la ville a connus depuis les années 1960. Au cours des sessions, le CHiC a proposé des mots-clés et des thèmes pour encadrer l’histoire d’Esch-sur-Alzette. L’équipe peut mettre le résumé à la disposition des participants (également en ligne pour leur permettre d’y contribuer et de l’enrichir) et l’utiliser pour identifier des participants (chercheurs, historiens locaux, archivistes, membres d’associations) susceptibles d’aider à cadrer l’histoire du sujet.
Étape 4 : Comment recueillir des données auprès du public ?
Créer un moyen simple et accessible pour le public de contribuer à votre projet est primordial pour la co-création. La méthode d’engagement peut aller du crowdsourcing (collecte en ligne de photos par exemple) à l’organisation d’ateliers publics où les gens apportent des objets, des documents, des héritages familiaux et/ou des témoignages. Le type d’objets, de documents ou de témoignages à recueillir dépend des objectifs, du cadre et du type de production finale des projets.
La collecte hybride (en ligne et sur place) offre un large éventail de possibilités. Le choix d’une méthode, telle que le crowdsourcing en ligne, pourrait exclure ceux qui ne maîtrisent pas le numérique. Par conséquent, une approche hybride utilisant à la fois des méthodes en personne et en ligne pour recueillir l’avis du public pourrait atteindre un plus grand nombre de personnes. La figure 4 montre des membres du public amenant des documents, des lettres, des photographies lors d’une manifestation organisée dans une bibliothèque publique. Afin d’assurer un pôle durable pour l’organisation de la collecte en personne et en ligne, le C²DH a créé Historesch Gesinn. Sur cette plateforme, de nouvelles recherches historiques sont annoncées, des évènements sont promus et les gens peuvent apporter leurs documents personnels à des projets historiques en cours.
L’établissement chef de file devrait superviser la structure de projet, protéger les données et maintenir les objectifs et l’accessibilité du projet. Il est essentiel d’inclure une personne ou un comité qui veillera à l’exactitude des résultats du projet. Lors de la réalisation d’un projet, assurez-vous que les données recueillies sont stockées et partagées de façon à garantir le droit à la vie privée des participants au moyen de formulaires de consentement et d’une installation de stockage sécurisée. Les documents peuvent être simplement empruntés et retournés aux propriétaires après la fin du projet. Pour des projets plus durables comme les archives et les collections d’objets, les questions de droits d’auteur de propriété et de protection de la vie privée doivent être clarifiées. Nous vous suggérons de communiquer avec les archives, les bibliothèques et d’autres institutions culturelles locales pour sécuriser les documents et assurer l’entreposage et la préservation à long terme des objets.
Étape 5 : Comment reconnaître les contributions publiques ?
Chaque projet doit sécuriser les droits d’auteur et les permissions. La participation du public nécessite des filets de sécurité supplémentaires, car elle se traduit souvent par l’utilisation de photographies, de documents et d’objets privés non traités. Il faut obtenir l’autorisation et les consentements des partenaires et des participants concernés. Outre les formulaires de consentement, les chefs de projet doivent se conformer aux dispositions légales et au RGPD (Règlement général sur la protection des données). Cela inclut non seulement le droit de collecter, mais aussi le droit d’afficher des documents dans un cadre public. Par exemple, il fallait obtenir l’autorisation de l’architecte de la ville pour accrocher notre panneau de visite audio (fig. 5) dans l’espace public.
Lorsque vient le moment de lancer le projet publiquement, vous voulez vous assurer que tous les partenaires et contributeurs du projet sont invités et reconnus comme participants. L’organisation d’un évènement de lancement créé un moment de rassemblement social et permet aux médias de promouvoir votre évènement auprès d’un public plus large.
Étape 6 : Comment évaluer votre projet ?
Avant de conclure un projet, songez à évaluer vos activités, la participation du public et son interaction avec le public. Vous pouvez évaluer le projet en examinant la couverture médiatique et les commentaires du public. Il est également utile de surveiller le niveau d’engagement et d’interaction en ligne, en particulier si vous utilisez et développez certaines parties de vos projets via des sites Web et des plateformes des médias sociaux. La collecte d’enquêtes (peut-être même avant et après les activités pour comparer la compréhension du projet par le public et ses réactions aux travaux présentés) est également une mesure courante.
